Les violences à Poitiers : Le point de vue d’un philosophe


16 octobre 2009

Face à un tel événement, l’analyse « philosophique » n’est pas d’un réel secours. Ce dont nous avons besoin, c’est plus certainement, d’une compréhension politique. Cependant, parfois la philosophie peut venir au secours du manque de rationalité.

Fontenelle, déjà, l’avait dit : « assurons nous bien des faits avant que de chercher les causes ». Et, dans cette affaire, comme dans celle de la dent d’or du philosophe classique, les faits sont précisément ce qu’il y a de moins bien assuré.

Si nous savons, comme chacun, qu’au cours d’une manifestation organisée autour du transfert de prisonniers et visant à interpeller la population sur la condition carcérale en France, un « groupe » organisé, structuré, armé et financé a surgi dans le but délibéré de faire en sorte que « les choses tournent mal ». Si nous savons cela, nous ne savons rien de plus…

Et la police, ragaillardie par la venue du ministre Hortefeux, a trouvé ses coupables. Mais le sont-ils vraiment ? C’est précisément ce qu’une enquête, visant à établir les faits, aurait pu chercher à démontrer.

Au lieu de cela, nous avons assisté à un réel procès politique. Un coup de force organisé qui rappelle cruellement les pires heures des contre-insurrections urbaines dont l’extrême-droite est coutumière. La mauvaise parodie du tract soi-disant gauchiste tendrait d’ailleurs à le montrer…

Il ne s’agit pas d’une émeute spontanée émanant d’une jeunesse désœuvrée ou sacrifiée sur je-ne-sais-quel autel du consumérisme contemporain. Il ne s’agit pas plus de quelque groupuscule dont le niveau organisationnel n’atteint pas le degré de professionnalisme évoqué par la préfecture, mais satisfait les fantasmes de « complot ultra-gauchiste ».

Il ne peut s’agir que d’un « coup ». Un « coup » de manipulation médiatique, un « coup » savamment pensé, orchestré et minuté, financé et géré. On ne fait pas apparaître et disparaître, par magie, au milieu d’une foule de festivaliers, une « bande » armée et cagoulée sans avoir minutieusement « géré son personnel », préparé l’attaque et le repli.

Face à cela, une seule question : à qui profite le crime ?

Certainement à aucune des organisations syndicales étudiantes, pacifistes et démocratiques, parmi les membres desquels on a désigné arbitrairement des « coupables ».

Cette action est une action politique, qui met en scène le ministre et ses forces de l’ordre, qui détourne le regard vers des « coupables idéaux » pour stigmatiser à la fois l’action politique de la jeunesse, du syndicalisme en général, pour jeter l’opprobre sur le militantisme – et peut-être sur une cité : Saint Nazaire, Strasbourg, et désormais Poitiers, trois villes « de gauche », trois « expérimentations » politico-médiatiques.

Cette action est une action de propagande. Elle veut démontrer la force de l’État qui garantit aux honnêtes gens la sécurité et le calme… Dormez, braves gens…L’Intérieur veille, infiltre et fiche.

Cette action est une action de répression armée, dictatoriale : on condamne d’abord, on enquête après.

Cette action est une action de pression idéologique. Elle vise à fabriquer une conscience fausse des événements. Elle impose un regard en « camera obscura » face à une situation trop évidente de refus de toute forme d’opposition populaire.

L’analyse philosophique n’est d’aucun secours ici. Nous devons impérativement demander officiellement la libération immédiate des « condamnés », de ces jeunes victimes médiatiques d’un procès politique des plus cruels que nous ayons connu en France depuis longtemps.

Nous devons exiger qu’une enquête soit menée, publiquement. Que les responsabilités soient prises pour comprendre, analyser, et établir enfin, les fait, avant de trouver ainsi des causes.

Eric Puisais


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